FAÉCUM | Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal

Lundi, 29 Novembre 1999 19:00

L'accès aux études supérieures compromis

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Les coûts assumés par les étudiants

Le coût des études comprend le montant de la facture étudiante (frais de scolarité et frais afférents) et le coût du matériel pédagogique. Les frais de scolarité sont ce que le gouvernement considère comme la fameuse contribution étudiante au financement des études supérieures puisque ces sommes sont en partie destinées à financer les universités. Bien que le coût du matériel pédagogique et les frais afférents soient parfois gonflés pour renflouer les coffres des universités, le gouvernement n'assimile pas ces dépenses sans cesse croissantes à la contribution étudiante.

Le coût de la vie varie quant à lui selon la situation familiale de l'étudiant puisqu'il inclut les frais reliés au logement, au transport, à l'alimentation, etc. Ainsi, en additionnant le coût des études et le coût de la vie, l'étudiant susceptible de s'inscrire à l'université évaluera si son projet d'études est accessible et réaliste en fonction de sa situation financière présente et projetée.

La plupart de ces coûts sont des dépenses admises au calcul d'attribution de l'aide financière aux études (AFE). Cependant, les frais afférents et la majorité des coûts de transport y sont exclus.

L'aide financière aux études aide trop peu les étudiants

Pour parer à l'inaccessibilité projetée des études universitaires, le gouvernement du Québec a créé le régime d'aide financière aux études. L'AFE offre d'abord des prêts, puis des bourses, aux étudiants dans le besoin financier. Le but du régime est d'aider l'étudiant à assumer le coût de ses études et le coût de la vie inhérent aux études.

Sans entrer dans les modalités techniques que le Bureau de l'Aide financière de l'Université de Montréal peut vous expliquer en détail, il faut savoir que le niveau d'endettement maximal (ou plafond de prêts) pour une année est de 2 440 $ au premier cycle et de 3 240 $ aux deuxième et troisième cycles. Les étudiants dont les besoins financiers reconnus par l'État dépassent ces seuils reçoivent le reste de leur aide financière sous forme de bourse. Cependant, dans la majorité des cas, le revenu des parents et la contribution parentale planifiée dans le calcul d'aide sont trop élevés pour que les étudiants se voient attribuer des bourses.

En effet, le prêt maximal au premier cycle correspondait, jusqu'à tout récemment, au montant exigé comme contribution étudiante (frais de scolarité et frais afférents) pour une année scolaire. La majorité des étudiants doivent donc travailler pour se procurer leur matériel pédagogique et pour défrayer leurs coûts de vie. Le problème est le nombre d'heures de travail : tous les acteurs du milieu de l'éducation postsecondaire s'entendent pour dire que la réussite scolaire est compromise au-delà de 20 heures de travail par semaine. À titre d'exemple, cette réalité éprouvée a justifié le choix du gouvernement fédéral de limiter à 20 heures par semaine le nombre d'heures de travail permis aux étudiants internationaux détenant un permis de travail hors campus. Cela étant dit, beaucoup d'étudiants doivent travailler plus que cela pour compenser le fait qu'ils ne reçoivent pas de contribution parentale malgré son inclusion dans le calcul de l'aide financière aux études.

En ce qui a trait aux cycles supérieurs, le prêt maximal est supérieur qu'au premier cycle principalement parce que les étudiants sont considérés comme indépendants financièrement à l'obtention de 90 crédits; l'AFE ne considère plus le revenu des parents dans le calcul de l'aide octroyée, il n'y a donc plus de contribution parentale. L'aide versée aux étudiants des cycles supérieurs permet aisément de couvrir la contribution étudiante au financement des études. Cependant, les bourses de l'AFE sont plus rares et les étudiants des cycles supérieurs vivent la même problématique qu'au premier cycle. Qui plus est, les étudiants des cycles supérieurs consacrent davantage de temps à leurs études et disposent donc de moins pour travailler.

Malgré cela, le revenu moyen des étudiants a diminué de 6 % depuis 1994, s'établissant depuis 2003 sous le seuil de la pauvreté... à quelque 11 500 $ pour les hommes et 10 800 $ pour les femmes (MEQ, 2003 et FEUQ, 2006). L'augmentation des heures de travail et « l'aide financière » semblent ne pas suffire à combler les besoins élémentaires des étudiants.

Outre ces insuffisances, le régime d'AFE a plusieurs autres déficiences. D'abord, la contribution parentale dans son ensemble relève plus de la fiction que de la réalité. Pour représenter la réalité que vit la forte majorité des étudiants québécois, la contribution parentale devrait être considérée seulement lorsque le revenu annuel des parents dépasse 45 000 $ et être déductible d'impôts; elle ne devrait pas être considérée du tout pour les étudiants qui ne résident plus chez leurs parents. Aussi, la contribution de tout type de conjoint devrait être abolie, car la réalité chez les jeunes couples qui fréquentent l'université est que l'un n'a pas les moyens de contribuer pour l'éducation de l'autre, et vice-versa. L'AFE devrait également cesser de percevoir la pension alimentaire comme un revenu du parent dans son calcul de revenu. Quant aux frais afférents, ils ne sont comptabilisés nulle part dans l'AFE : c'est comme s'ils n'existaient pas pour le gouvernement ! Finalement, le régime devrait prévoir une méthode d'ajustement annuel des paramètres d'aide financière pour éviter que le scénario actuel ne se répète : la ministre Courchesne réalise des gains politiques sur le dos d'une indexation sporadique, non rétroactive et non récurrente.

Pis encore, le régime est déjà sous-financé de 71 millions $ par année, car les sommes n'ont pas été indexées au coût de la vie depuis 2001. La ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport Michelle Courchesne l'a reconnu en commission sur l'Éducation de l'Assemblée nationale. Elle affirmait cependant que le gouvernement, malgré la hausse des frais de scolarité, n'a pas les moyens d'indexer les sommes allouées aux dépenses admises.

Conjuguées, toutes ces réalités convergent vers un fait plus que déplorable : les étudiants n'ont tout simplement pas la capacité de payer davantage, ni les moyens de s'endetter plus.